Sumário
Carta de Sulpice Gaubier de Barrault ao conde de Oeiras, D. Henrique (11 Fevereiro de 1771)
Ano
1771
Biblioteca/Arquivo
Biblioteca Nacional de Portugal
Cota
Res., Pombalina cod. 619, f. 339-340v; 342v-344 (F. 3657)
Comentário
Tradução Rui Vieira Nery e Laureano Carreira
Menções
Laureano Carreira, O teatro e a censura em Portugal na segunda metade do século XVIII, Lisboa, Imprensa Nacional, 1988, p.462-472; Rui Vieira Nery

Monsieur le Comte Président

J’ai a rendre compte a Votre Excellence d’evenements Comiques, Tragiques et tragi-comiques. Commençons par le Comique.

Vendredi au soir la Rosa Campora, danseuse du tiers ordre de la Rue dos Condes nous donna une scêne de furie dans les coulisses de la Comédie Italienne. Marana que Bruno avoit prié de composer un pas de quatre nouveau pour réchauffer un peu de théatre dans ces derniers jours de Caranaval, choisit pour l’executer la Guadagnini qui est sous la protection d’Israël, et le danseur Bachini, d’une part; et la Rosa Campora, qui a un interet clandestin dans la fabrique Roiale de faiance, a la quelle on donna pour compagnon le nouvel arlequin nommé Branbilla, mari de la première actrice. Ce dernier avant d’etre Comédien, époux de Comédienne, danseur etc, était perruquier, et en conséquence a quelque fois peigné et frisé la Campora en Italie; ici même il n’a pas cru déroger a la dignité du théâtre en exerçant son premier talent en faveur de deux ou trois Dames distinguées qui l’ont envoyé chercher, parce qu’il coiffe très bien. Notre Nymphe subalterne a qui personne n’a fait un crime d’exercer ici depuis qu’elle y est, le métier primitif par le quel elle a commencé en Italie, et auquel elle a réunit depuis la profession de danseuse, s’est trouvée scandalisée de ce qu’on voulait l’appareiller avec un homme qui, disait-elle, avait été son domestique, et quelque bonne raison qu’on ait voulu lui donner, Elle s’est absolument refusée a s’y prêter. Le chef suzerain du tripot comique, vint en conséquence vendredi au soir interpeller la suivante de Terpsichore de donner sa dernière réponse: mais tout ce qu’il lui dit de plus raisonnable pour vaincre son opiniâtreté qu’intense n’eut d’autre succès que de la mettre en fureur


 et déployant l’éloquence des Poissardes de la halle avec toutes les grâces d’une harpie, elle jura qu’on ne la ferait jamais danser avec un tel homme; qu’on pourrait la faire pendre, mais jamais, disait-elle, en prenant ses jambes l’une près l’autre, on ne me fera faire avec ces jambes la, ce que je ne veux pas faire. Bruno lui répondit, que puisqu’elle ne voulait pas faire son devoir, elle n’eut point à se plaindre, s’il lui arrivait quelque disgrâce. Aussitôt, Ministre en jeu, nouveau désespoir da la faiseuse d’entrechats et offre de prendre son congé dans le même moment. Bruno ne se fait pas prier, l’accepte, témoins pris a voix haute de part et d’autre, tant de l’offre que de l’acceptation. Je voulais raccomoder les affaires, mais Bruno me prenant par la main, et me menant un peu a l’écart. Pour l’amour de Dieu, Monsieur, me dit-il, laissez aller les choses comme elles vont. C’est ce qui pourrait m’arriver de plus heureux. Cette fille a un engagement pour jusqu'au mois de mai prochain, avec clause de la payer pendant le carême comme si elle dansait, je me suis obligé en prenant ce théâtre de faire bons tous les engagements, je ne veux point d’elle pour l’année prochaine, de sorte qu’en prenant son congé d’elle même a présent, ce sont trente ou quarante monnaies d’or que je gagnes et un sujet qui ne veut rien d’ont je me trouve débarrassé. Je ne pus m’empêcher de rire de son habilité a profiter de l’occasion. Je l’envoyai faire part au Ministre de tout ce qui se passait; Le Ministre trouva ainsi que moi qu’il n’avait pas tort. Aussitôt Bruno envoya chercher de l’argent chez lui pour la payer tout de suite. Cela s’était passé pendant la première danse. Dans l’intervalle de la première a la seconde, l’homme de la faïence vint me trouver dans ma loge pour m’annoncer que Mademoiselle Rosa Campora ne paraissait point et que vraisemblablement, elle s’était évadée pour ne point danser dans le Second Ballet;


je lui répondis qu’en ce as elle pourrait bien aller a Limoeiro, parce que certainement le ministre qui était notre judicieux Garbo, ne souffrirait pas une telle insolence, mon homme sortit aussitôt de la loge fort effrayé et peu après parut sa Dulcinée qui dansa dans le 2e ballet.  A la fin de l’opéra, Bruno lui envoya dans sa loge son compte par écrit et l’argent qui lui revenait pour le tems de sa Direction ce qui montait a 28000 Reys ordonnant a son commis de ne lui délivrer l’argent qu’après lui avoir fait faire une quittance de congé. Il lui fit dire en même temps que pour environ cent mille Reys qui lui étaient dus par la Direction précédente, il donnerait le lendemain un manda sur le ministre pour qu’ils lui fussent payés des fonds qu’il a entre les mains pour l’acquis des dettes: mais Elle ne voulait pas accepter ni le compte ni l’argent, disant qu’elle voulait examiner tout cela chez elle. Cela est resté dans cet état: Samedi elle n’a point dansé et est venue en grande loge voir l’opéra du Bairro Alto. Hier dimanche elle n’a point paru non plus de sorte qu’il me parait que c’est une affaire finie.

Samedi, je fus au théâtre de la Grace ou il y avait un monde prodigieux. Les Dames et les ministres étrangers s’y trouvèrent, on nous donna Alecrim e Mangerona, suivi d’un nouvel intermède intitulé o Velho Peralta qui est un Salmigondi détestable, et un fandango très insipide. On nous régala dans les entractes de concertos de différentes espèces, et dans la comédie, de beaucoup d’ariettes qui m’ont faire désirer de la vielle musique française, l’exécution sur tout débanquait sans contredit les accords harmoniques da la fameuse musique qui nous vient écorcher les oreilles tous les ans la veille de Noël et le jour de Rois. On nous a tenu la jusqu’a minuit. Ensuite on m’a entraîné malgré moi a un bal de contrebande qui consistait en douze bouts de chandelles de Juif, un violon ivre, un clavecin dont personne ne savait jouer, une vingtaine de grisettes demi-castor, parmi lesquelles brillait une blanchisseuse vêtue d’une robe de Durante ou étamine blanche; j’eus le bonheur d’être choisie pour danser par une des plus jeunes grâces de l’assemblée qui avait une robe de moire de soie couleur de rose. A une heure on servit un soupé composé d’un Rosbif furieux ,deux dindons, un pâté et un jambon des Salades et quelques assiettes de fruits. mais il n’y avait malheureusement pour les conviés, ni assiettes, ni couteaux ni fourchettes.


Désespéré de me trouver a table entre deux dames de cette considération qui avait une faim enragée, et qui ne savaient comment faire pour manger, J’ai pris mon parti en brave, j’ai attaqué le dindon corps a corps et après l’avoir déchiré avec mens ongles, j’ai présenté de mes deux mains toutes grasses un morceau de la victime a chacune de mes voisines et renversant sur le Rosbif un plat de salade qui se trouvait devant moi, je l’ai fait servir d’assiette pour nous trois. Rien ne manquait pendant la fête, car après ce brillant festin, il y avait dans un autre appartement un homme qui servait du café plus clair que de l’eau de Roche, du chocolat épais comme de la bouillie et jusques dans l’antichambre même on trouvait une négresse qui criait, quentinhas en rôtissant des châtaignes. Vers les quatre heures du matin comme j’étais fort échauffé, ma conquête émue de compassion, a parlé a l’oreille de la Dame du Bal qui était une mégère d’environ soixante et dix ans, et avec son consentement ma tendre compagne qui pouvait avoir dix-sept a dix-huit ans, me conduit Elle même a pied, a cent cinquante pas de la maison ou était le bal, et me fis mystérieusement monter dans un grenier, précédés tous deux de la négresse aux châtaignes, qui après avoir illuminé l’appartement avec un bout de chandelle collé sur un bahut nous laissa attendre le jour sans autres sièges pour nous reposer qu’un petit lit de trois palmes de large, sur lequel on ne pouvait tenir deux qu’en Pyramide. A peine le jour a-t-il commencé a paraître, que je me suis aperçu que les fenêtres de la maison ou j’étais, se trouvent justement en face du comte Mazin, je me sui au plus tôt dépiramidé, et m’enveloppant de mon manteau, j’ai déniché avant que personne me vit et j’ai gagné a pied la maison de Dubosc ou après avais déjeuné je me suis jeté sur un lit jusqu'à deux heures, j’ai dîné là et je me suis rendu ensuite a l’opéra du Bairro Alto, ou l’on m’a conté en entrant l’aventure arrivée au Lieutenant Colonel Betty le matin du même jour a onze heures et dont je vais faire part a V.E. telle qu’elle m’a été contée par Mackinteir Lieutenant Colonel da Ponte récit conforme a tout ce qui m’en a été dit par tout ceux qui m’en ont parlé et qu rapport qui en a été envoyé a Mr votre père et au Maréchal Marquis d’Alvito (...).


(...) Il est trop tard pour que je puisse donner à Votre Excellence un détail bien complet de la tragi-comédie qui s'est passée hier au Bairro Alto. Je me borne donc à dire à Votre Excellence que le spectacle qui était ce jour-là nombreux et magnifique fut troublé par une querelle qui s'éleva à l'orchestre entre Scolari et Todi, sur le mouvement d'une ariette que chantait Pedro. Scolari, qui voulait qu'elle marchât plus presto, se mit à charger l'accompagnement de clavecin de toute sa force et selon sa louable coutume apostropha Todi, qui 'allait pas apparemment à sa fantaisie, de l'épithète de Porco, Todi lui répondit par Asno, d'autres gentillesses se suivirent rapidement et je vis le moment que Todi hors de lui allait jeter son violon à la tête de Scolari; j'étais dans la loge de Madame Votre Mère, qui était ce jour là à l'opéra. Nous entendions bien que l'on se disputait mais nous ne pouvions pas savoir pourquoi, parce que la musique continuait toujours et le bruit que cette affaire excitait dans le parterre nous empêchait de rien distinguer. Madame Votre Mère m'envoya voir ce que c'était. J'appris à la porte du théâtre qu'ils étaient les deux champions. Je passai tout de suite dans la loge de Maria Joaquina qui est sur l'orchestre et à peine y entrais-je que j'aperçus un caporal et deux soldats baïonnette au bout du fusil, qui après avoir traversé le parterre par-dessus tout le monde, a jambèrent l'orchestre. Le caporal arrêta Todi et lui dit de le suivre. Todi se leva et obéit. Dans le moment que Todi sortait de l'orchestre accompagné des soldats, la Louise entrait sur la scène; voir son mari conduit par des soldats, jeter un cri terrible et voler après son mari fut l'affaire d'un clin d'oeil. Tandis que cela se passait sur le théâtre, il se passait une autre scène dessous, par où il faut passer pour sortir de l'orchestre. Todi ne s'y était pas plutôt vu à l'obscurité que, profitant de la connaissance qu'il a du local, il s'échappe d'entre les soldats, prend les détours qu'il connaissait, monte au théâtre, gagne la petite porte de derrière et se sauve. Un moment après, les soldats retrouvent leur chemin et courent après lui. Louise renverse tout ce qui se trouve sur son passage, sentinelle, hommes, femmes, rien ne l'arrête, elle saute les escaliers quatre à quatre et court après son mari presque jusqu'à la porte de la grande cour de derrière. Là on me conjure de la suivre, j'y cours, et rencontrant un des soldats qui me dit que Todi s'était échappé j[e l'] attrape; survient le Comte d'Alvizan qui était de garde


 et le Ministre; nous la faisons remonter. Elle ne pleurait pas, elle hurlait; ce qu'il y a eu de plus plaisant c'est que pendant tout ce tapage l'opéra 'a pas arrêté un instant, par l'habileté de la petite Isabelle, qui se trouvant sur le théâtre au moment de la catastrophe a continué le rôle de sa [soeur] et l'a chanté jusqu'à la fin de l'acte sans la moindre erreur. J'étais pourtant fâché que Todi se fut enfui, parce que cela arrêtait par force tout l'opéra. Louise 'aurait certainement ni voulu ni même pu continuer son rôle. En rentrant au théâtre je la trouvai qui demandait son mari à tue-tête et qui me crie en me voyant: O meu marido.

Moi, je répondis aussitôt: Seu marido é um tolo; para quê fugir? À peine ai-je lâché le mot de tolo qu'elle entre [en] fureur contre moi: Vossa Mercê tem o atrevimento de chamar o meu marido tolo adiante de mim?

J'ai eu, ma foi, peur qu'elle m'arrachât les yeux, je voulais l'apaiser, il 'y avait pas moyen. On vint m'appeler de la part de Madame la Marquise et je pris le parti de la laisser crier et de m'en aller. Nous remontâmes, le Ministre et moi, dans la loge de Madame Votre Mère, où nous trouvâmes tous les Ministres étrangers, Monsieur Manuel Bernardo de Melo et le Comte d'Alvizan à qui Madame Votre Mère se tuait de dire qu'il fallait relâcher Todi et le pauvre Comte se tuait de répondre qu'il ne savait pas où il était, mais il avait beau jurer et protester, Madame Votre Mère 'en voulait rien croire, et s'était mis dans la tête que c'était une défaite du Comte. Au milieu de tout cela arrive la Todi en larmes, la Cécile toute bouffie de colère demandant grâce. Le Comte d'Alvizan qui avait envoyé de tous côtés à la suite de Todi, sort lui même pour savoir si on en avait des nouvelles, et dans le temps qu'il allait par un endroit, Todi arrive par un autre, amené par le Caporal qui l'avait suivi de près et l'avait arrêté. Sachant, en arrivant, qu'il était libre, il vint tout de suite à la loge de Madame Votre Mère. La femme, aussitôt qu'elle le vit, passa de l'extrême douleur à l'extrême joie. Ce fut un spectacle touchant pour Madame la Marquise et pour tous les assistants. Après les premiers mouvements de tendresse, Todi, la Louise et la Cécile se réunirent pour crier tous les trois en choeur contre Scolari, mais ils faisaient un tel tapage que Madame Votre Mère les fit taire, fit une leçon à Todi et le renvoya à l'orchestre après lui avoir recommandé de continuer à faire son devoir sans dire mot, sans la


 moindre rancune et comme si rien ne fût arrivé. Ensuite elle fit appeler Scolari à qui elle dit d'être moins vif et plus prudent et lui recommanda très expressément qu'il ne fût plus question de cette affaire. Tout a en conséquence rentré dans l'ordre accoutumé et l'opéra a continué on ne peut pas mieux jusqu'à la fin. Le pauvre Bruno, au milieu de tout cela, avait l'air d'un criminel qui est dans l'oratório. C'est moi qui paierai toutes ces sottises-là, disait-il tristement. La vérité est que cela est malheureux pour lui; et la vérité est aussi que, quoique Todi soit un crâne il 'avait cependant pas le premier tort dans cette occasion. Scolari est un insolent qui vient presque tous les jours ivre au théâtre, qui depuis qu'il est ici a fait vingt de ces incartades. La même chose lui est arrivée avec la Sestini et la Falquini et tous les jours ici, il a quelques duretés obscènes à dire à ces pauvres filles qui font ce qu'elles peuvent. Il est maître de chapelle et a raison de vouloir que son ouvrage soit exécuté comme il le veut, mais cela ne lui donne aucun droit d'outrager personne. C'est un fort bon musicien mais c'est un fort dangereux et fort brutal personnage.

Madame votre mère en arrivant a l’opéra, trouva avec Monsieur votre frère Lambert et moi, Le Comte de Soure et Le Comte de Saint Laurent qui s’y étaient réfugiés, parce qu’il y avait huit dames dans la loge de Madame La Comtesse de Soure: ils se retirèrent après les premiers compliments; Madame Votre mère qui comme vous savez aime a trouver sa loge libre quand Elle vient, me dit qu’Elle serait très contente quand V.E. aurait fait remettre a l’entrepreneur as loge ainsi que les autres, parce qu’elle en trouvait une dont personne qu’elle n’aurait la clef sans me la demander, pas même vous autres dit-elle a Madame La Comtesse de San Payo; et le même soir a souper, elle me chargea de louer pour l’année prochaine a son compte la Camerote des Secondes loges Qui est au dessus du sien. elle prétend qu’elle y sera plus a son aise, et plus libre d’y aller en négligé quand elle le voudra, étant moins apportée d’être vue. C’est un bel exemple pour les autres ministres et votre Excellence pourrait


bien saisir cette occasion de leur parler et de les engager a rendre leurs clefs.

Voici la dernière lettre que j’écris a Votre Excellence ; dans deux jours nous vous posséderons ici, et vous connaitriez a la joie que nous aurons de vous revoir, la sincérité des regrets que nous a causé votre absence. J’ai l’honneur d’être ave une tendresse aussi inaltérable que respectueuse/ de Votre Excellence, Monsieur le Comte-President, le très humble et très obéissant serviteur Gaubier de Barrault

 
P.S. J’oubliait de dire a V.E. que Monsieur Le Comte d’a Ponte a été inconsolable de n’être arrivé au théâtre qu’au moment après l’aventure de Todi. Je ne connais personne Qui se plaise plus que lui dans le désordre. Malgré sa mutabilité continuelle, j’ai trouvé le secret de le faire rester a l’opéra jusqu’a la Seconde danse inclusivement. Miracle! Aussi m’a-t-il fort recommandé de vous en faire part.

 

 

Ajuda, ce lundi 11 février 1771

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Monsieur le Comte Président

J’ai a rendre compte a Votre Excellence d’evenements Comiques, Tragiques

et tragi-comiques. Commençons par le Comique.

Vendredi au soir la Rosa Campora, danseuse du tiers ordre de la rue dos Condes

nous donna une scêne de furie dans les coulisses de la Comédie Italienne.

Marana que Bruno avoit prié de composer un pas de quatre nouveau pour

réchauffer un peu de théatre dans ces derniers jours de Caranaval, choisit

pour l’executer la Guadagnini qui est sous la protection d’Israël, et le danseur

Bachini, d’une part; et la Rosa Campora, qui a un interet clandestin dans la

fabrique Roiale de faiance, a la quelle on donna pour compagnon le nouvel arlequin

nommé Branbilla, mari de la première actrice. Ce dernier avant d’etre Comedien,

epoux de Comedienne, danseur &c, etoit perruquier, et en consequence a quelque

fois peigné et frisé la Campora en Italie; ici même il n’a pas cru déroger a la

dignité du theatre en exerçant son premier talent en faveur de deux ou trois

Dames distinguées qui l’ont envoié chercher, parce qu’il coëffe tres bien. Notre

Nimphe subalterne a qui personne n’a fait un crime d’exercer ici depuis qu’elle y est,

le metier primitif par le quel elle a commencé en Italie, et auquel

elle a reunit depuis la profession de danseuse, s’est trouvée scandalisée

de ce qu’on vouloit l’appareiller avec un homme qui, disoit-elle, avoit été son

domestique, et quelque bonne raison qu’on ait voulu lui donner,

Elle s’est absolument refusée a s’y preter. Le chef suzeraín du tripot comique,

vint en consequence vendredi au soir interpeller la suivante de Terpsicore de donner

sa derniere reponse: mais tout ce qu’il lui dit de plus raisonnable pour

vaincre son opiniatreté quintense n’eut d’autre succès que de la mettre en fureur


et déployant l’eloquence des Poissardes de la halle avec toutes les graces d’une

harpie, elle jura qu’on ne la feroit jamais danser avec un tel homme; qu’on

pourroit la faire pendre, mais jamais, disoit-elle, en prenant ses jambes l’une près

l’autre, on ne me fera faire avec ces jambes la, ce que je ne veux pas faire.

Bruno lui repondit, que puisqu’elle ne voulait pas faire son devoir, elle n’eut point à

se plaindre, s’il lui arrivoit quelque disgrace. Aussitôt, Ministre en jeu,

nouveau desespoir da la faiseuse d’entrechats et offre de prendre son congé

dans le meme moment. Bruno ne se fait pas prier, l’accepte, temoins pris

a voix haute de part et d’autre, tant de l’offre que de l’acceptation. Je voulois

raccomoder les affaires, mais Bruno me prenant par la main, et me menant un

peu a l’écart. Pour l’amour de Dieu, Monsieur, me dit-il, laissez aller les choses

comme elles vont. C’est ce qui pourroit m’arriver de plus heureux. Cette fille

a un engagement pour jusqu'au mois de mai prochain, avec clause de

la paier pendant le carême comme si elle dansoit, je me suis obligé en prenant

ce theatre cy de faire bons tous les engagements, je ne veux point d’elle

pour l’année prochaine, de sorte qu’en prenant son congé d’elle même

a present, ce sont trente ou quarante monnoies d’or que je gagnes et

un sujet qui ne veut rien d’ont je me trouve debarassé. Je ne pus m’empêcher

de rire de son habilité a profiter de l’occasion. Je l’envoiai faire part au

Ministre de tout ce qui se passoit; Le Ministre trouva ainsi que moi qu’il

n’avoit pas tort. Ausitôt Bruno envoia chercher de l’argent chez lui pour la

paier tout de suite. Cela s’etoit passé pendant la premiere danse.

Dans l’interval de la premiere a la seconde, l’homme de la fayance

vint me trouver dans ma loge pour m’annoncer que Mlle Rosa

Campora ne paroissoit point et que vraisemblablement, ell s’etoit

evadée pour ne point danser dans le Second Ballet; je lui repondis qu’en ce as

Elle pourroit bien aller a Limoiro, parce que certainement le ministre

qui etoit notre judicieux Garbo, ne souffriroit pas une telle insolence, mon homme

sortit ausitôt de la loge fort effraié et peu après parut sa Dulcinée qui dansa dans le 2e ballet.


 A la fin de l’opera, Bruno lui envoia dans sa loge son compte par ecrit et

l’argent qui lui revenoit pour le tems desa Direction ce qui montait a 28000 Reys

ordonnant a son commis de ne lui delivrer l’argent qu’après lui avoir fait

faire une quittance de congé. Il lui fit dire en même tems que pour environ

cent mille Reys qui lui etoient dûs par la Direction precédente, il

donneroit le lendemain un manda sur le ministre pour qu’ils lui fussent

paiés des fonds qu’il a entre les mains pour l’acquis des dettes: mais

Elle ne voulait pas accepter ni le compte ni l’argent, disant qu’elle vouloit

examiner tout cela chez elle. Cela est resté dans cet etat: Samedi elle

n’a point dansé et est venue en grande loge voir l’opera du Bairroalto.

Hier dimanche elle n’a point paru non plus de sorte qu’il me paroit que c’est une

affaire finie.

Samedi, je fus au théatre de la Grace ou il y avoit un monde prodigieux.

Les Dames et les ministres etrangers s’y trouverent, on nous donna alecrim e Mangerona,

suivi d’un nouvel intermede intitulé o Velho Peralta qui est un Salmigondi

détestable, et un fandango très insipide. On nous regala dans les entractes

de concertos de differentes especes, et dans la comedie, de beaucoup d’ariettes

qui m’ont faire desirer de la vielle musique françoise, l’execution sur tout

débanquoit sans contredit les acords harmoniques da la fameuse musique

qui nous vient ecorcher les oreilles tous les ans la veille de Noël et le jour

de Rois. On nous a tenu la jusqu’a minuit. Ensuite on m’a entrainé malgré

moi a un bal de contrebande qui consistoit en douze bouts de chandelles de Juif,

un violon ivre, un clavecin dont personne ne savoit jouer, une vingtaine de

grisettes demi-castor, parmi lesquelles brilloit une blanchicheuse vetue d’une

robe de Durante ou etamine blanche; j’eus le bonheur d’etre choisie pour danser

par une des plus jeunes graces de l’assemblée qui avoit une robe de moire de soye

couleur de rose. A une heure on servit un soupé composé d’un Rosbif furieux,
deux dindons, un Paté et un jambon des Salades et quelques assiettes de fruits.

mais il n’y avoit malheureusement pour les conviés, ni assiettes, ni couteaux ni fourchettes.


Desesperé de me trouver a table entre deux dames de cette considération qui avoit une faim

enragée, et qui ne savoient comment faire pour manger, J’ai pris mon parti

en brave, j’ai attaqué le dindon corps a corps et apres l’avoir dechiré avec

mens ongles, j’ai presenté de mes deux mains toutes grasses un morceau

de la victime a chacune de mes voisines et renversant sur le Rosbif

un plat de salade qui se trouvoit devant moi, je l’ai fait servir d’assiette

pour nous trois. Rien ne manquoit pendant la fête, car après ce brillant

festin, il y avoit dans un autre apartement un homme qui servoit du caffé

plus clair que de l’eau de Roche, du chocolat épais comme de la bouillie

et jusques dans l’antichambre même on trouvoit une négresse qui

crioit, quintinhas en rotissant des chataignes. Vers les quatre heures du matin

comme j’etois fort echauffé, ma conquête emüe de compassion, a parlé

a l’oreille de la Dame du Bal qui etoit une mégere d’environ soixante et

dix ans, et avec son consentement ma tendre compagne qui pouvoit avoir

dixsept a dixhuit ans, me conduit Elle même a pied, a cent cinquante

pas de la maison ou etoit le bal, et me fis misterieusement monter dans un

grenier, precedés tous deux de la négresse aux chataignes, qui apres avoir

illuminé l’appartement avec un bout de chandelle collé sur un bahout

nous laissa attendre le jour sans autres sieges pour nous reposer qu’un petit

lit de trois palmes de large, sur lequel on ne pouvoit tenir deux qu’en

Pyramide. A peine le jour a-t-il commencé a paraître, que je

me suis apperçu que les fenetres de la maison ou j’etois, se trouvoient justement

en face du comte Mazin, je me sui au plus tôt dépiramidé, et m’enveloppant

de mon manteau, j’ai déniché avant que personne me vit et j’ai gagné

a pied la maison de Dubosc ou après avois déjeuné je me suis jetté sur

un lit jusqu'à deux heures, j’ai diné lá et je me suis rendu ensuite a l’opera

du Bairroalto, ou l’on m’a conté en entrant l’aventure arrivée au Lt Colonel

Betty le matin du même jour a onze heures et dont je vais faire part a

V.E. telle qu’Elle m’a été contée par Mackinteir Lt Colonel da Ponte

récit conforme a tout ce qui m’en a été dit par tout ceux qui m’en ont parlé et qu rapport

qui en a été envoié a Mr Votre Pere et au Marechal marquis d’alvitto.


Il est trop tard pour que je puisse donner a V.E. un detail bien complet de

la tragicomédie qui s’est passée hier au Bairroalto. Je me borne donc a

dire a V.E. que le spectacle qui etoit ce jour la nombreux et magnifique

fut troublé par une querelle qui s’eleva a l’orchestre entre Scolari et

Todi, sur le mouvement d’une ariette que chantoit Pedro. Scolari qui vouloit

                                                                                               de toute sa force

qu’elle marche plus presto se mit a charger l’accompagnement de clavecin    et selon

sa louable coutume apostropha Todi, qui n’alloit pas aparement a sa fantaisie

de l’epithete de Porco, Todi lui repondit par asno, d’autres gentillesses se suivirent

rapidement et je vis le moment que Todi hors de lui alloit jeter son violon

a la tête de Scolari; j’etois dans la loge de Mde Votre mere, qui étoit ce jour la

a l’opera. Nous entendions bien que l’on se disputoit mais nous ne pouvions

pas savoir pourquoi, parce que la musique continuoit toujours et le bruit que cette

affaire excitoit dans le parterre, nous empechoit de rien distinguer. Mde Votre

mere m’envoia voir ce que c’etoit. J’appris a la porte du theatre, quelles etoient les

deux champions. Je passai tout de suite dans la loge de Maria Joaquina qui est sur

l’orchestre et a peine y entrois-je que j’apperçus un Caporal et deux soldats baionette

au bout du fusil, qui apres avoir traversé le parterre, pardessus tout le monde

ajamberent l’orchestre. Le Caporal arreta Todi et lui dit de le suivre, Todi se leva

et obeit: dans le moment que Todi sortoit de l’orchestre accompagné des soldats,

la Louise entroit sur la scene; voir son mari conduit par des soldats jetter un

cri terrible et voler apres son mari fut l’affaire d’un clin d’oeil. Tandis

que cela se passoit sur le theatre, il se passoit une autre scène dessous, par ou

il faut passer pour sortir de l’orchestre. Todi ne s’y etoit pas plutot vû à

l’obscurité que profitant de la connoissance qu’il a du local, il s’échappe d’entre

les soldats, prends les détours qu’il connoissoit, monte au theatre, gagne la petite

porte de derriere et se sauve; un moment apres, les soldats retrouvent leur

chemin et court après lui, Louise renverse tout ce qui se trouve sur son passage,

sentinelle hommes, femmes, rien ne l’arrete, elle saute les escaliers quatre a

quatre et court après son mari presque jusqu’à la porte de la grande cour de derriere.

La on me conjure de la suivre, j’y cours; et rencontrant un des soldats qui me dit

que Todi s’etoit echappé je l’atrappe; survient le Comte d’Alvizan qui étoit de garde


et le Ministre nous la faisons remonter. Elle ne pleuroit pas, elle hurloit;

ce qu’il y eû de plus plaisant c’est que pendant tout ce tapage l’opera n’a

pas arrêté un instant, par l’habilité de la petite Isabele, qui se trouvant

sur le theatre au moment de la catastrophe, a continué le role de

sa soeur et l’a chanté jusqu’à la fin de l’acte, sans la moindre erreur. J’etois

pourtant faché que Todi se soit enfui, parce que cela arretoit par force tout l’opera.

Louise n’auroit certainement ni voulu ni même pu continuer son rôle. En rentrant

au theatre je la trouvai qui demandoit son mari a tue-tête et qui me crie en

me voiant o meu marido, moi je répondit aussitot, Seu marido é hum

tollo; para que fugir a peine ai-je laché le mot de tollo qu’elle entre en fureur

contre moi, V.M. tem o atrevimento de chamar o meu marido tollo adiante de mi?

J’ai eu ma foi peur qu’elle m’arracha les yeux, je voulois l’appaiser, il n’y avoit

                        on vint m’appeler de la part de Mde La Marquise

pas moien, et je pris le parti de la laisser crier et de m’en aller. Nous remontames

le Ministre et moi, dans la loge de Mde Votre mere, ou nous trouvames tous les

Ministres Étrangers, Mr Manuel Bernardo de Melo et le Comte d’Alvizan

a qui Mde se tuoit de dire qu’il falloit relacher Todi et le pauvre

Comte se tuoit de repondre qu’il ne savoit pas ou il etoit, mais il avoit beau jurer

et protesté Mde Votre Mere ne vouloit rien croire, et s’etoit mis dans la

tête que c’etoit une defaite du Comte; au milieu de tout cela, arrive la

Todi en larmes, la Cecile toute bouffie de colere, demandant grace. Le Comte

d’Alvizan qui avoit envoié de toutes cotéz a la suite de Todi, sort lui même

pour savoir si on en avoit des nouvelles; et dans le tems qu’il alloit par un

endroit, Todi arrive par un autre, amené par le Caporal qui l’avoit
 suivi de près et l’avoit arretté; sachant, en arrivant, qu’il étoit libre, il vint

tout de suite à la loge de Mde Votre mere; la femme aussitot qu’Elle le

vit passa de l’extrême douleur à l’extrême joie; ce fut un spectacle touchant pour

Mde La Marquise et pour tous les assistants. Après les premiers mouvements

de tendresse, Todi, la Louise et la Cécile se réunirent pour crier tous les trois en choeur

contre Scolari mais ils faisoient un tel tapage que Mde Votre

mere les fit taire, fit une leçon a Todi et le renvoia a l’orchestre après

lui avoir recommandé de continuer a faire son devoir sans dire mot, sans la


moindre rancune et comme si rien ne fut arrivé. Ensuite Elle fit

appeller Scolari, a qui Elle dit d’être moins vif et plus prudent et lui

recommanda très expressement qu’il ne fut plus question de cette affaire.

Tout a en conséquence rentré dans l’ordre accoutumé et l’opera a

continué on ne peut pas mieux jusqu’à la fin. Le pauvre Bruno au milieu

de tout cela, avait l’air d’un criminel qui est dans l’oratorio. C’est moi qui

pairai toutes ces sottises la, disoit-il tristement. La verité est que

cela est malheureux pour lui; et la verité est aussi que, quoique Todi

soit un crâne il n’avoit cependant pas le premier tort dans cette occasion.

Scolari est un insolent qui vient presque tous les jours ivre au theatre,

qui depuis qu’il est ici a fait vingt de ces incartades. La même

chose lui est arrivé avec la Sestini et la Falquini et tous les jours

ici, il a quelques duretés obscènes a dire a ces pauvres filles qui font

ce qu’elles peuvent. Il est maitre de chapelle et a raison de vouloir que

son ouvrage soit executé comme il le veut, mais cela ne lui donne

aucun droit d’outrager personne. C’est un fort bon musicien mais c’est

un fort dangereux et fort brutal personage.

Mde Votre Mere en arrivant a l’opera, trouva avec Mr Votre frere Lambert

et moi, Le Comte de Soura et Le Comte de St Laurent qui s’y etoient

refugiés, parce qu’il y avoit huit dames dans la loge de Mde La Comtesse

de Soura: ils se retirerent après les premiers compliments; Mde Votre mere

qui comme vous savez aime a trouver sa loge libre quand Elle vient, me

dit qu’Elle seroit tres contente quand V.E. auroit fait remettre

a l’entrepreneur as loge ainsi que les autres, parce qu’Elle en trouvoit

une dont personne qu’Elle n’auroit la clef , pas même vous autres dit-elle a

                                          sans me la demander

Mde La Comtesse de San Payo; et le même soir a souper, elle me chargea

de louer pour l’année prochaine a son compte la Camerote des Secondes loges

Qui est au dessus du sien. Elle prétend qu’Elle y sera plus a son aise, et plus libre

d’y aller en negligé quand Elle le voudra, étant moins aportée d’etre vüe.

C’est un bel exemple pour les autres ministres et votre Excellence pourroit


bien saisir cette occasion de leur parler et de les engager a rendre leurs

clefs.

Voici la derniere lettre que jecris a Votre Excellence ; dans deux jours nous

vous possederons ici, et vous connaitrea a la joie que nous auvons de vous

revoir, la sincerité des regrets que nous a causé votre absence.

J’ai l’honneur d’etre avec une tendresse aussi inalterable que

respectueuse

                      

                       De Votre Excellence

 

 

                                    Monsieur le Comte-President

 

 

P.S. J’oublioit de dire a V.E. que

Mr Le Comte d’a Ponte a été inconsolable

de n’estre arrivé au theatre qu’au moment

après l’aventure de Todi. Je ne connois

personne Qui se plaise plus que lui

dans le desordre. Malgré sa mutabilité

continuelle, j’ai trouvé le secret de le

faire rester a l’opera jusqu’a la Seconde

danse inclusivement. Miracle! Aussi

m’a-t-il fort recommandé de vous

en faire part.

 

                                                         le très humble et très obéissant

ajuda ce lundi 11 fevrier 1771         serviteur Gaubier de Barrault

Senhor Conde Presidente

Tenho de dar conta a V.Exª de acontecimentos cómicos, trágicos e tragicómicos. Comecemos pela Comédia.

Na Sexta-Feira à noite a Rosa Campora, bailarina de terceira ordem da Rua dos Condes, deu-nos uma cena de fúria nos bastidores da Comédia Italiana. Marana, a quem Bruno pedira que compusesse um pas de quatre novo para dar novo calor a este teatro nestes últimos dias de Carnaval, escolheu para o executar, por um lado, a  Guadagnini, que está sob a protecção de Israel, e o bailarino Bachini, e por outro lado a Rosa Campora, que tem um interesse clandestino na Fábrica Real de Faiança, à qual se deu por parceiro o novo Arlequim, chamado Brambilla, marido da Primeira Actriz. Este último, antes de ser comediante, marido de comediante e bailarino, era cabeleireiro, e por consequência penteou e frisou algumas vezes a Campora em Itália; mesmo aqui não achou que diminuisse em nada a dignidade do Teatro exercendo o seu primeiro talento em favor de duas ou três Senhoras distintas que o mandaram chamar, porque ele penteia muito bem. Mas a nossa ninfa subalterna, apesar ninguém ter visto como crime que continuasse a exercer por cá, desde que aqui chegou, a profissão primitiva pela qual começou em Itália e a que só mais tarde juntou a de bailarina, considerou-se escandalizada com o facto de a quererem emparelhar com um homem que, dizia ela, tinha sido seu criado, e por melhores razões que se lhe tenha tentado dar recusou-se completamente a prestar-se a a tal. O chefe suserano do estabelecimento cómico veio, por consequência, na Sexta-Feira à noite, interpelar a seguidora de Terpsicore para que esta lhe desse uma resposta definitiva: mas tudo o que ele lhe disse de mais razoável para vencer a profunda teimosia dela não teve outro sucesso que não fosse o de a enfurecer,


 e exibindo a eloquência das peixeiras do mercado e todas as graças de uma harpia jurou que nunca a fariam dançar com semelhante homem; que a podiam mandar enforcar, «mas nunca», dizia ela, agarrando nas pernas, uma após a outra, «me hão-de obrigar a fazer com estas pernas o que eu não quiser». Bruno respondeu-lhe que visto que ela não queria cumprir o seu dever não se poderia queixar se lhe acontecesse alguma desgraça. Pouco depois, envolvido já o Ministro, novo desespero da fazedora de entrechats, que ameaça despedir-se nesse mesmo momento: Bruno não se faz de rogado, aceita-a e de ambas as partes se mandam vir em voz alta testemunhas, tanto da oferta como da aceitação. Eu queria reconciliar esta questão mas Bruno, pegando-me na mão e puxando-me um pouco à distância diz-me: «Por amor de Deus, Senhor, deixai seguir as coisas como elas estão. É o que de mais feliz me podia ter acontecido. Esta rapariga tem um contrato até ao próximo mês de Maio, com uma cláusula de ser paga durante a Quaresma como se estivesse a dançar; eu tomei o compromisso, ao pegar neste teatro, de honrar todos os contratos, mas não a quero para o próximo ano, de forma que se for ela própria a despedir-se neste momento são trinta ou quarenta moedas de ouro que ganho e é uma criatura que não quero para nada de quem me vejo livre». Não pude impedir-me de rir da sua habilidade para aproveitar a ocasião. Mandei-o informar o Ministro de tudo o que se passava; o Ministro achou, como eu, que ele tinha razão. Logo em seguida Bruno mandou buscar a casa o dinheiro para lhe pagar imediatamente. Tudo isto se tinha passado durante o primeiro bailado. No intervalo entre o primeiro e o segundo, o homem das faianças veio ter comigo ao meu camarote para me anunciar que a Menina Rosa Campora tinha desaparecido e que aparentemente tinha fugido para não participar no segundo bailado;


 respondi-lhe que nesse caso ela poderia mesmo ir para ao Limoeiro, visto que certamente o Ministro, que era o nosso judicioso Garbo, não admitiria semelhante insolência; o meu homem saiu logo do camarote, assustado, e pouco depois aparecia a sua Dulcineia, que dançou no segundo bailado. No final da ópera, Bruno mandou-lhe entregar no camarim a conta do que lhe era devido, por escrito, e o dinheiro a que ela tinha direito relativamente ao período da sua Direcção, o que ascendia a 28000 réis, dando ordem ao seu amanuense de não lhe entregar o dinheiro senão depois de ela ter redigido um recibo de despedimento. Mandou-lhe dizer ao mesmo tempo que, no que respeitava aos cerca de 100000 réis que lhe eram devidos pela Direcção anterior, lhe daria no dia seguinte um mandato sobre o Ministro para que este lhos mandasse pagar dos fundos de que dispunha para liquidação das dívidas; mas ela não quis aceitar nem a conta nem o dinheiro, dizendo que queria examinar tudo isto em sua casa. As coisas ficaram neste estado: no Sábado ela não dançou e foi em grande estilo à Ópera do Bairro Alto. Ontem, Domingo, também não apareceu, de maneira que me parecia que era um assunto encerrado.

No Sábado fui ao Teatro da Graça, onde havia uma multidão prodigiosa. As Senhoras e os embaixadores estrangeiros estavam presentes, e representaram Alecrim e Manjerona, seguidas de um novo entremez intitulado O Velho Peralta, que é uma salgalhada detestável, e de um fandango muito insípido. Regalaram-nos nos intervalos com concertos de diferentes espécies, e na Comédia com muitas arietas que me deixaram com desejo da velha música francesa. A execução, sobretudo, nada tinha dos acordes harmoniosos da famosa música que nos vem martelar os ouvidos todos os anos na véspera de Natal e no dia de Reis. Retiveram-nos lá até à meia-noite. Seguidamente, arrastaram-me sem querer para um bailde de contrabando que consistia de 12 velas de cebo, um violão borracho, um cravo que ninguém sabia tocar, umas vinte moças meio-castor, entre as quais brilhava uma lavadeira com um vestido de chamalote de seda ou estamenha branca. Tive a felicidade de ser escolhido para dançar por uma das mais jovens graças da assembleia, que tinha um vestido de chamalote de seda cor-de-rosa. À uma hora foi servida uma ceia composta por um rosbife furioso, dois perus, um empadão, um presunto, saladas e alguns pratos de fruta. Mas não havia, infelizmente, nem facas, nem garfos.


Desesperado por me sentar à mesa entre duas damas desta consideração que tinham uma fome raivosa e que não sabiam como fazer para comer, armei-me em valente e ataquei o peru corpo-a-corpo, e depois de o ter rasgado com as minhas unhas apresentei com as duas mãos engorduradas um bocado da vítima a cada uma das minhas vizinhas, e despejei sobre o rosbife um prato de salada que se encontrava à minha frente, e fi-lo servir para nós três. Contudo, nada faltava na festa, porque depois deste brilhante festim havia numa outra sala um homem que servia, mais claro do que a água da rocha, chocolate espesso como papas, e até na antecâmara se encontrava uma negra que gritava «quentinhas» assando castanhas. Cerca das quatro horas da manhã, como eu estava muito abafado, a minha conquista, movida pela compaixão, falou ao ouvido da dama do baile, que era uma megera de cerca de 70 anos, e com o seu consentimento a minha companheira, que devia ter 17 a 18 anos, levou-me ela mesmo a pé a cento e cinquenta passos da casa onde era o baile , e mandou-me misteriosamente subir a um celeiro, ambos precedidos da negra das castanhas que, depois de ter iluminado o compartimento com um corto de vela colado sobre um baú, deixou-nos esperar o dia sem outros assentos para repousarmos além de um pequeno leito de três palmos de largura sobre o qual só podiam estar dois em pirâmide. Logo que o dia começou a despontar, dei conta que as janelas da casa onde estava encontravam-se justamente em frente do Conde Mazin. Saí logo da pirâmide e embrulhando-me no meu casaco deixei o ninho antes que alguém me visse e a pé cheguei a casa de Dubosc, onde, após ter almoçado, deitei-me em cima de uma cama até às duas horas. Jantei lá e fui em seguida à Ópera do Bairro Alto, onde ao entrar me contaram a aventura que aconteceu ao Coronel Betty na manhã desse mesmo dia, às 11 horas e a qual vou contar a V. Exª. como me foi contada por Mackientier, Coronel da Ponte; relato de acordo com tudo o que me foi dito por todos os que me falaram do assunto e com o relatório que sobre o mesmo foi enviado ao Sr. vosso pai e ao Marechal Marquês de Alvito (...).


(...) Já é demasiado tarde para dar a V.Exª todos os detalhes da tragicomédia que se passou ontem no Teatro do Bairro Alto. Limito-me a dizer a V.Exª que o espectáculo, que nesse dia era numeroso e magnífico, foi perturbado por uma querela que se ergueu entre Scolari e  Todi a propósito do andamento de uma arieta cantada por Pedro. Scolari, que queria que ela fosse mais rápida, pôs-se a martelar com toda a força o acompanhamento do cravo, e segundo o seu louvável costume apostrofou Todi, que aparentemente não concordava com a sua fantasia, com o epíteto de porco, Todi respondeu-lhe com asno, outras gentilezas se seguiram rapidamente e vi chegar o momento em que Todi, fora de si, se preparava para atirar com o violino à cabeça de Scolari; estava eu no camarote da Senhora Vossa Mãe, que nesse dia tinha ido à Ópera. Apercebíamos de que havia uma discussão mas não conseguíamos saber por que razão, visto que a Música continuava a tocar e que o barulho que toda esta história despertava na plateia nos impedia de ouvir distintamente o que quer que fosse. A Senhora Vossa Mãe mandou-me ver o que se passava. A porta do teatro fiquei a saber quem eram os dois campeões. Enfiei de seguida pelo camarim de Maria Joaquina, que dá para a orquestra, e mal entrei nele apercebi-me de um Cabo e de dois soldados de baioneta na ponta das espingardas que após terem atravessado a plateia, passando por cima de toda a gente, tinham saltado para a orquestra. O Cabo deu voz de prisão a Todi e mandou-o segui-lo, Todi levantou-se e obedeceu: no momento em que Todi saía da orquestra acompanhado pelos soldados entrava Luísa em cena: ver o marido levado por soldados, dar um grito terrível e voar para junto do marido foi obra de um abrir e fechar de olhos. Enquanto isto se passava no teatro havia outra cena a passar-se por baixo, por onde se tem de passar para se sair da orquestra. Mal Todi se viu na escuridão, aproveitando o conhecimento que tinha daquele lugar, escapa-se do meio dos soldados, segue por desvios que já conhecia, sobe ao teatro, chega à porta pequena das traseiras e foge; um momento mais tarde os soldados voltam a encontrar o caminho e correm atrás dele; Luísa vira de pernas para o ar tudo aquilo que encontra na sua passagem, sentinela, homens, mulheres, nada a detém, desce as escadas quatro a quatro e corre atrás do marido quase até à porta do pátio grande das traseiras. Pedem-me então que vá atrás dela, vou a correr e, encontrando um dos soldados, que me diz que Todi se escapou, agarro-a; aparecem nesse momento o Conde de Alvizan, que estava de guarda,


e o Ministro, e conseguimos fazê-la tornar a subir. Ela não chorava, urrava; o que é mais agradável é que durante toda esta barulheira a ópera nunca se interrompeu um só instante, graças à habilidade da jovem Isabel, que, estando no teatro no momento da catástrofe, continuou o papel da irmã e cantou-o até ao final do acto sem a menor falha. Contudo, eu estava aborrecido com o facto de Todi ter fugido, porque isso não podia deixar de fazer parar toda a ópera; Luísa não teria certamente querido, ou sequer podido, prosseguir o seu papel. Voltando a entrar no teatro fui encontrá-la a chamar pelo marido em altos berros, e ao ver-me grita-me: «o meu marido?»; respondi-lhe: «Seu marido é um tolo! Para quê fugir?». Mal deixei cair a palavra «tolo» entra numa fúria contra mim: «Vossa Mercê tem o atrevimento de chamar ao meu marido tolo diante de mim?». Por minha fé que tive medo que me arrancasse os olhos, tentei acalmá-la mas não havia maneira, vieram chamar-me da parte da Senhora Marquesa e tomei o partido de a deixar ficar aos gritos e de me ir embora. Regressámos, o Ministro e eu, ao camarote da Senhora Vossa Mãe, onde encontrámos os embaixadores estrangeiros, o Senhor Manuel Bernardo de Melo e o Conde de Alvizan, a quem a Senhora Marquesa se matava a dizer que era preciso soltar o Todi, enquanto o pobre Conde se matava a responder que não sabia onde ele estava, mas de nada lhe valiam as suas juras e protestos, a Senhora Vossa Mãe não queria acreditar em nada do que ele dizia e tinha-se-lhe metido na cabeça que se tratava de uma desfeita do Conde. No meio de tudo isto chegam a Todi em lágrimas e a Cecília toda inchada de cólera, pedindo graça. O Conde de Alvizan, que tinha mandado seguir Todi em todas as direcções, sai ele próprio para saber se já havia notícias daquele; e enquanto ele saía por uma ponta eis que entra Todi pela outra, trazido pelo Cabo, que o tinha seguido de perto e prendido; percebendo, ao chegar, que estava livre, veio logo em seguida ao camarote da Senhora Vossa Mãe; assim que o viu, a mulher passou da extrema dor à extrema alegria; foi um espectáculo comovente para a Senhora Marquesa e para todos os assistentes. Após os primeiros movimentos de ternura, Todi, Luísa e Cecília uniram-se para gritar todos em coro contra Scolari, mas faziam uma tal barulheira que a Senhora Vossa Mãe os mandou calar, deu uma lição a Todi e mandou-o regressar à orquestra, após lhe ter recomendado que continuasse a cumprir o seu dever sem dizer uma única palavra e sem o


menor rancor, como se nada se tivesse passado.em seguida mandou chamar Scolari, a quem disse que fosse menos nervoso e mais prudente, e recomendou-lhe muito expressamente que não se voltasse a falar deste episódio. Por consequência, tudo voltou a entrar na ordem habitual e a ópera não poderia ter corrido melhor até ao final. O pobre Bruno, no meio de tudo isto, tinha o ar de um criminoso no oratório. «Sou eu que vou pagar todos estes disparates», dizia ele tristemente. A verdade é que isto é uma infelicidade para ele; e a verdade também é que, embora Todi seja uma cabeça dura, não foi ele o primeiro a agir mal nesta ocasião. Scolari é um insolente que chega quase todos os dias bêbado ao teatro, e desde que cá está que já fez uma vintena de cenas destas. Aconteceu-lhe a mesma coisa com a Sestini e com a Falchini, e todos os dias tem aqui qualquer brutalidade obscena para dizer a estas pobres raparigas, que fazem o que podem. Ele é Mestre de Capela e tem toda a razão em querer que a sua obra seja executada como ele quer, mas isso não lhe dá o direito de insultar ninguém. É muito bom músico mas é um personagem muito perigoso e brutal.

Quando a Senhora Vossa Mãe chegou à Ópera encontrou com o Vosso irmão, com Lambert e comigo o Conde de Soure e o Conde de São Lourenço, que ali se tinham refugiado porque havia oito Senhoras no camarote da Senhora Condessa de Soure: eles retiraram-se logo após os primeiros cumprimentos; a Senhora Vossa Mãe, que como sabeis gosta de encontrar o seu camarote livre quando chega, disse-me que ficaria muito contente quando V.Exª mandasse devolver ao empresário o seu camarote, assim como os restantes, para ela encontrar outro de que ninguém tivesse a chave «sem ma pedir, nem sequer vocês», disse ela à Senhora Condessa de São Paio; e nessa mesma noite, à ceia, encarregou-me de alugar para o próximo ano, às suas custas, o camarote de Segunda Ordem que fica por de cima do seu. Ela acha que estará lá mais à vontade e mais livre de aparecer quando quiser sem ter de fazer toilette, visto que ficará menos exposta a que a vejam. Trata-se de um belo exemplo para os outros Ministros, e V.Exª poderia


bem aproveitar esta ocasião para lhes falar e os obrigar a entregarem as suas chaves.

Eis a última carta que escrevo a Vossa Excelência. Dentro de dois dias tê-lo-emos aqui e saberá a alegria que sentimos em o tornar a ver, a sinceridade do pesar que nos causou a vossa ausência.

Tenho a honra de ser com uma ternura tão inalterável como respeitosa, de V.Exª , senhor Conde-Presidente, o mais humilde e obediente servidor, Gaubier de Barrault.

 

 

P. S. Esquecia-me de dizer a V.Exª que o Senhor Conde da Ponte ficou inconsolável por não ter chegado ao teatro senão no momento seguinte à aventura de Todi. Não conheço ninguém a quem agrade tanto a desordem. Apesar da sua mutabilidade constante, encontrei o segredo para o fazer ficar na Ópera até ao segundo bailado, inclusivamente. Milagre! Além disso recomendou-me muito que Vo-lo dissesse.